Questionnaire de l’ASL à ses adhérentes et adhérents à propos de quelques points d’orthographe
14 mars 2026 - Vie de la communautéL’Association des Sciences du Langage (ASL) lance un sondage auprès de ses membres, à propos de trois points précis en relation avec l’orthographe française et son enseignement.
L’enquête est ouverte du 19 février au 29 mars 2026, sous la forme d’un questionnaire Lime Survey adressé aux adhérents et adhérentes individuelles de l’association. Le sondage est totalement anonyme et chaque personne participante ne peut répondre qu’une fois.
Les résultats ci-dessous (voir fichier pdf en bas de page) constituent un point d’étape à mi-parcours, le 8 mars. L’analyse complète sera établie après la fermeture de l’enquête.
- Nombre de questionnaires envoyés : 521
- Nombre de questionnaires reçus (au 8 mars) : 269
- Nombre de questionnaires complets : 205
- Temps de réponse moyen (pour les questionnaires complets) : 6 min 13 sec
Le taux de réponse s’élève à 51,63%, ce qui est un bon résultat d’étape et donne une certaine valeur aux données recueillies. Le pourcentage de questionnaires complets est de 76,21%, autrement dit plus des trois quarts des enquêtes retournées. On nomme complet un questionnaire pour lequel toutes les réponses obligatoires ont été enregistrées, sans abandon en chemin.
| Résultats de l’enquête "Orthographe" au 8 mars (Point d’étape à mi-parcours) (PDF - 550.3 kio) |
Adhérer à l’ASL
21 février 2026 - Actualités de l’associationL’Association des Sciences du Langage propose désormais deux modalités d’adhésion :
1) adhésion individuelle :
Si vous souhaitez adhérer à l’association, dont l’objet est de défendre les intérêts des linguistes et de leur discipline, il vous suffit de cliquer sur le lien suivant, qui vous conduira vers un formulaire à compléter :
https://docs.google.com/forms/d/11u...
2) adhésion institutionnelle :
L’Association des Sciences du Langage propose une adhésion à l’adresse des UFR ou laboratoires incluant des linguistes. Cette adhésion, d’un montant annuel de 250 €, offre plusieurs avantages :
1) Elle permet un accès au fichier des adhérents pour :
• La diffusion de l’information scientifique
• La connaissance du vivier des chercheurs dans les différentes spécialisations de la linguistique (dans l’optique des recrutements)
2) Elle permet, pour les UFR, l’accès à un vivier de vacataires
3) Elle permet aux doctorant·es de votre structure de candidater à une bourse de mobilité d’un montant de 1000 euros.
4) Elle permet de faire bénéficier aux membres de votre structure d’un tarif réduit au Congrès professionnel des linguistes (CPL)
5) Elle offre la priorité aux docteurs qualifiés de votre structure pour participer à la journée annuelle d’entrainement aux auditions pour les postes de MCF.
Quoi de neuf chez les linguistes ? Les sciences du langage, 40 ans après
3 novembre 2025 - Actualités de l’associationIl y a vingt ans, en 2005 paraissaient les actes du colloque de l’ASL intitulé « Mais que font les linguistes ? Les sciences du langage, vingt ans après ». L’intitulé de ce colloque, qui avait eu lieu en 2003, faisait allusion à l’année de fondation de l’ASL, 1983.
Où en sommes-nous vingt ans plus tard, donc un peu plus de quarante ans après la fondation de l’Association des Sciences du Langage ?
De prime abord, nous pouvons avoir le sentiment que, pour ce qui concerne la situation globale des sciences du langage, rien n’a bougé, voire que certaines inerties perdurent, notamment pour ce qui concerne l’image de la discipline dans le monde académique ou auprès du grand public.
Cependant, en dépit de cette impression de stagnation, l’ASL a pris le parti de s’intéresser à ce qui peut être perçu comme nouveau dans la discipline : nouvelles théories, nouvelles méthodes, nouveaux outils, nouveaux modes d’intervention des linguistes.
Parmi ces aspects nouveaux dans la discipline, et sans prétendre aucunement à l’exhaustivité, les thèmes suivants ont été retenus :
♦ Les mots au tribunal : un corpus au croisement de la linguistique et du droit (Anna Arzoumanov)
♦ Innovations en zoosémiotique (Astrid Guillaume)
♦ La linguistique appliquée : questions d’aujourd’hui, questions de toujours ? (Martin Stegu)
♦ Diffuser la recherche, informer les débats : contraintes et dilemmes liés aux formats médiatiques (Julie Neveux)
♦ Vulgariser les Sciences du langage sur internet (Romain Filstroff alias RF Monté)
♦ Traductologie numérique et traduction augmentée : nouveaux horizons pour la formation (Nicolas Froeliger et Maria Zimina-Poirot)
♦ Questions vives en Anthropologie linguistique (James Costa et Salomé Molina)
Ces communications (voir la présentation complète du colloque) et les débats auxquels elles ont donné lieu nous ont permis d’engager des échanges sur les rapports que les sciences du langage entretiennent avec les sociétés contemporaines, et en particulier avec la société française.
Programme du colloque et captations audio
Philippe Monneret (Sorbonne Université)
Introduction
https://youtu.be/ygD3AkE7XQ0
Martin Stegu (WU Wien)
La linguistique appliquée : questions d’aujourd’hui, questions de toujours ?
https://youtu.be/92oTmKARLVs
Nicolas Froeliger et Maria Zimina-Poirot (Université Paris Cité)
Traductologie numérique et traduction augmentée : nouveaux horizons pour la formation
https://youtu.be/I7mtJ8c10FA
James Costa et Salomé Molina (Sorbonne Nouvelle)
Questions vives en Anthropologie linguistique
https://youtu.be/G7NzFLu0cEs
Anna Arzoumanov (Sorbonne Université, STIH)
Les mots au tribunal : un corpus au croisement de la linguistique et du droit
https://youtu.be/gy1bblL3T-s
Astrid Guillaume (Sorbonne Université, STIH)
Innovations en zoosémiotique (enregistrement non disponible)
Julie Neveux (Sorbonne Université, Celiso)
Diffuser la recherche, informer les débats : contraintes et dilemmes liés aux formats médiatiques
https://youtu.be/DvoseEm-aUs
Monté (Romain Filstroff)
Vulgariser les Sciences du Langage sur internet
https://youtu.be/w1fNtlZg9ug
HABILITATION À DIRIGER DES RECHERCHES
1er juillet 2025 - Actualités de l’associationJulie Neveux, maitresse de conférences à Sorbonne Université, soutiendra son HDR le mardi 8 juillet 2025 à 14 heures à l’Université Grenoble Alpes, salle Jacques Cartier (bâtiment MLC, « Maison des Langues et des Cultures », arrêt tram B « Université – Bibliothèques », anciennement « Bibliothèques Universitaires »).
Le dossier de synthèse est intitulé L’implication du sujet parlant en discours : pour une phénoménologie du sens ordinaire.
Le jury sera composé de :
Mme Agnès Celle, Professeure à l’Université de Paris Cité
Mme Monique De Mattia-Viviès, Professeure à Aix-Marseille Université
Mme Laure Gardelle, Professeure à l’Université Grenoble Alpes (garante)
Mme Élise Mignot, Professeure à Sorbonne Université
M. Wilfrid Rotgé, Professeur émérite à Sorbonne Université
Mme Sandrine Sorlin, Professeure à l’Université de Montpellier Paul Valéry
La soutenance est publique.
Wiki de suivi des recrutements
9 avril 2025 - Vie de la communautéMESSAGE AUX COLLÈGUES DE LA SECTION 07
Les quatre associations : AFLA, ASL, ATALA, RFS vous présentent le wiki de suivi des recrutements en 7e section :
http://www.afla-asso.org/wiki-section-cnu-7/
Certaines informations peuvent être manquantes, et comme ce projet est collaboratif, nous remercions par avance les collègues (notamment dans les présidences des CoS) de nous transmettre les informations dont iels disposeraient sur les compositions ou dates de CoS.
Nous souhaitons une bonne campagne aux comités ainsi qu’aux candidat·es.
Contact :
Julien Longhi (julien.longhi@cyu.fr)
Claire Hugonnier (claire.hugonnier@univ-grenoble-alpes.fr)
Iris Eshkol-Taravella (ieshkolt@parisnanterre.fr)
Temmar Malika (malikatem@yahoo.fr)
Anissa Hamza-Jamann (anissa.hamza-jamann@univ-lorraine.fr)
Débat : Le négrillon, le linguiste et l’académicien
4 décembre 2024 - Vie de la communautéL’Association des Sciences du Langage, qui représente environ 500 linguistes français et étrangers, revient sur les débats qui ont suivi la parution de la 9e édition du dictionnaire de l’Académie. Elle rappelle la complémentarité entre linguistes et académiciens, tout en soulignant que le dictionnaire de l’Académie, en dépit de la valeur symbolique qu’on lui accorde, n’est qu’un dictionnaire parmi d’autres.
En complément de ce texte, quelques liens externes permettant d’alimenter le débat :
- le communiqué de la Ligue des Droits de l’Homme à propos de la neuvième édition du dictionnaire de l’Académie
- un échange entre Julie Neveux (linguiste, membre du collectif Les linguistes atterré·es) et Antoine Compagnon (écrivain, membre de l’Académie française) sur France Inter (le Débat du 7-10) le 14 novembre 2024
- la réaction de Frédéric Vitoux, de l’Académie française, au communiqué de la LDH, dans le Figaro du 27 novembre
- l’émission Questions du soir sur France Culture le 21 novembre 2024, avec Barbara Cassin, Bernard Cerquiglini et Maria Candea
- une page du site web des Linguistes atterré·es qui regroupe l’ensemble des interventions médiatiques des membres du collectif à propos de ce débat
Le Congrès professionnel des linguistes
2 octobre 2024 - Actualités de l’associationLe premier Congrès professionnel des linguistes (CPL), organisé par l’ASL avec le soutien de l’UR STIH de Sorbonne-Université, s’est tenu du 4 au 6 juillet 2023. Près de 70 congressistes se sont retrouvé·es pendant trois jours au Creusot, autour d’un programme de conférences plénières et d’ateliers.
Les conférences (voir le détail ci-dessous) ont permis aux intervenant·es de présenter quelques domaines fondamentaux des sciences du langage, en montrant les outils et les données spécifiques que ces disciplines manipulent et les problématiques auxquelles elles se confrontent.
En complément des présentations plénières, les ateliers ont été l’occasion de réfléchir à quelques questions vives qui marquent la linguistique actuellement, aussi bien du point de vue des perspectives scientifiques que des attentes sociales voire professionnelles. On a ainsi débattu de :
– la linguistique dans les institutions et les entreprises (rhétorique et communication),
– l’analyse du discours (courants, écoles et mouvances),
– la linguistique face aux supports numériques (les réseaux sociaux comme corpus),
– les questions linguistiques clivantes dans la société contemporaine,
– la place de la linguistique dans les concours de l’enseignement,
pour ne citer que quelques exemples.
La rencontre s’est conclue par une assemblée générale extraordinaire de l’ASL.
Les conférences plénières ayant été enregistrées, il est possible de les (ré)entendre ici.
Philippe Blanchet pour la sociolinguistique
https://youtu.be/yhqhcyAjE10
Franck Neveu pour la syntaxe
https://youtu.be/FNT8NPqg3Yc
Dominique Maingueneau pour l’analyse du discours
https://youtu.be/K9fnl-KevAo
Jacques David pour la didactique du FLM
https://youtu.be/RBumUYDYuew
Marc Debono pour un état des lieux de la recherche en didactique des langues/didactique du FLE
https://youtu.be/KA0Di-rpKmk
Gilles Col pour la sémantique cognitive
https://youtu.be/1MXNGjVzKqg
Laurent Roussarie pour la sémantique formelle
https://youtu.be/VW3dSFZUOzQ
In memoriam Oswald Ducrot
5 septembre 2024 - In memoriamEn hommage à Oswald Ducrot, notre collègue Alfredo Lescano, enseignant-chercheur à l’université de Toulouse (UMR « Éducation, formation, travail, savoirs » / EFTS) a adressé à l’ASL ce très beau texte.
Oswald Ducrot nous a quittés il y a quelques jours. Nous sommes nombreux à perdre avec lui notre maître et notre ami. Mais encore plus nombreux sont ceux qui, partout dans le monde, l’ayant rencontré personnellement ou par leurs lectures, s’unissent aujourd’hui à nous pour reconnaître dans les théories qu’il a fondées, dans les concepts subtils et originaux qu’il a développés, ainsi que dans ses lectures éclairantes des auteurs fondamentaux des sciences du langage, des contributions capitales à la linguistique. Avec Oswald Ducrot nous perdons un faiseur de paradigmes, un observateur aigu, l’un des linguistes les plus éclairés de notre temps.
Oswald Ducrot fait partie de ces penseurs qui ont modelé des concepts qui nous aident à réfléchir, depuis quelques générations de linguistes, et cela au-delà des frontières, car ses ouvrages figurent parmi les plus grands classiques dans l’espace de la linguistique francophone, hispanophone et lusophone (et peut-être d’autres espaces linguistiques encore, mais je ne les connais pas assez). Les différentes théories que Ducrot a élaborées (seul ou en collaboration) apparaissent, depuis des décennies, comme des chapitres obligatoires de la sémantique, de la pragmatique, de la linguistique énonciative. Ses concepts et ses descriptions de détail sont depuis longtemps intégrés dans les travaux d’auteurs de tous bords. Dès que l’on s’intéresse au sens, la pensée ducrotienne est là pour nous venir en aide.
Oswald Ducrot nous a appris à mieux écouter ce que les mots nous disent d’eux-mêmes. Car pour lui, le langage, loin d’être l’expression d’une pensée que nous pourrions inspecter pour en découvrir le sens, loin de représenter un état du monde avec lequel on pourrait le comparer, tisse ses propres liens et échappe ainsi nécessairement à notre contrôle. Les discours qu’on prononce, qu’on écrit, sélectionnent des orientations, des connexions sémantiques déjà ouvertes par la langue, en produisent parfois d’autres. De sorte que parler, ce n’est pas communiquer, mais contraindre : l’interlocuteur est sommé d’admettre certaines connexions sémantiques au détriment d’autres. Il s’ensuit que, pour Ducrot, nous ne parlons pas en déployant des raisonnements, mais seulement en exploitant des liens sémantiques. Il a su montrer, de surcroît, de quelle façon les énoncés nous enferment dans des relations intersubjectives dont il est extrêmement ardu de s’extraire.
Il nous a semblé que l’on pourrait essayer de conjurer la tristesse que nous provoque la disparition d’Oswald Ducrot en évoquant quelques-unes des contributions qui l’ont rendu incontournable dans les sciences du langage.
Ducrot fait irruption dans la scène linguistique en travaillant simultanément sur plusieurs fronts. On sait par exemple combien son œuvre très personnelle de divulgateur a immédiatement marqué les esprits. Il suffit de penser à sa contribution à la question « Qu’est-ce que le structuralisme ? » que F. Wahl lançait à une poignée d’intellectuels en 1968 ; au Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage de 1972, co-écrit avec T. Todorov ; à son Nouveau dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, avec J. M. Schaeffer, de 1995, tous devenus rapidement des ouvrages de référence au niveau international. C’est l’ensemble de la pensée linguistique qui s’y trouve remise à plat et expliquée comme seuls savent le faire ces philosophes qui réussissent à nous faire « voir avec » un concept.
Ses premiers travaux sont aussi reconnus grâce à son interprétation des speech acts, avec laquelle il a introduit une manière à la fois percutante et polémique de fonder une pragmatique linguistique, en la situant dans la tradition de la linguistique française. Les actes illocutoires de Ducrot n’ont pas de conditions de félicité, ils transforment ipso facto la situation « juridique » de la parole (ou mieux, prétendent la transformer) : l’acte interrogatif place immédiatement le destinataire dans l’alternative de s’y soumettre en répondant, ou de ne pas y répondre et de ce fait désavouer l’initiateur de la question. Ce qui est transformé, ici, c’est donc le droit de parler. Par ailleurs, Ducrot adoptait, à rebours des tendances de l’époque, une vision strictement conventionnaliste des actes de langage, qu’il voyait comme de purs faits de signification plutôt que comme le résultat d’une reconnaissance pragmatique des intentions du sujet parlant.
Ses premières recherches ont parallèlement consisté à mettre en place une critique érudite et systématique de l’idée selon laquelle la logique mathématique fournit des outils adéquats à la description sémantique des langues naturelles. Cet objectif, qu’il n’abandonna jamais, et dont il avait posé les bases dans La preuve et le dire (1973), était fondé sur l’idée que la langue a ses propres principes, ses propres règles, sa propre logique. C’est dans le dernier chapitre de ce livre (chapitre publié plus tard en tant qu’opuscule indépendant, Les échelles argumentatives) qu’est apparue la thématique devenue par la suite centrale dans ses travaux : la « scalarité » argumentative présente dès la signification des phrases, c’est-à-dire les valeurs argumentatives encodées dans la langue.
Mais le succès de ses premiers travaux repose plus encore, sans doute, sur sa description novatrice de la présupposition, principalement dans Dire et ne pas dire (1972). Participant grandement au prestige de ses séminaires à l’EHESS, elle est reprise et commentée par des linguistes de tous bords, devenant un classique de la pragmatique française. La présupposition ducrotienne, c’est avant tout le refus de la conception frégéenne, largement reprise par la sémantique d’inspiration analytique, d’après laquelle le présupposé impose des conditions pour qu’un énoncé puisse être employé avec une valeur logique (et ainsi être considéré comme vrai ou comme faux). Pour Ducrot, présupposer, c’est enfermer l’interlocuteur, par un coup de force, dans un cadre discursif dont il peinera à sortir, fixant ainsi « le prix à payer pour que la conversation puisse continuer ».
Plus tard, c’est avec Jean-Claude Anscombre qu’Oswald Ducrot fait de la scalarité un domaine privilégié pour mettre en lumière les difficultés de la sémantique formalisée par la logique à rendre compte de la signification linguistique. En multipliant les descriptions de phénomènes, leurs travaux insistent chaque fois plus sur la gravité de ces difficultés, jusqu’à pouvoir affirmer que la scalarité argumentative n’affecte pas seulement quelques éléments linguistiques, mais que la langue est, dans sa dimension sémantique, entièrement argumentative. La Théorie de l’argumentation dans la langue, que ces auteurs développent ensemble (principalement dans leur livre L’argumentation dans la langue de 1983, mais pour connaître la version la plus « radicale » de cette approche il faut lire leur article « Argumentativité et informativité » de 1986), est ouvertement iconoclaste (elle récuse le référentialisme, le logicisme, la vériconditionnalité) et définit un paradigme et un programme de recherche que l’on reconnaît maintenant sous la dénomination de « sémantique argumentative » : la signification lexicale comme le sens des énoncés sont toujours, et cela même dans leurs plus petites unités significatives, orientés. Plusieurs théories ont par la suite proposé des tentatives de concrétiser cette approche.
La première, la Théorie des topoï, d’Anscombre et Ducrot, affirme que tout énoncé se montre comme reposant sur au moins un garant admis de tous, un topos, qui relie deux échelles argumentatives, ce qui les amène à réfuter toute possibilité d’objectivité primitive dans le langage. Dans la critique qu’elle propose de la Théorie des topoï dans sa thèse de 1992, Marion Carel introduit la Théorie des blocs sémantiques, que Ducrot adopte peu à peu pendant les années 90 jusqu’à en devenir co-auteur dès 1999. D’autres tentatives théoriques ont proposé à la fois une vision spécifique de l’argumentation linguistique et des outils pour la description de la valeur argumentative des énoncés et du lexique : on pensera notamment à la Théorie des stéréotypes de Jean-Claude Anscombre, à la Sémantique des Possibles Argumentatifs d’Olga Galatanu, à la Sémantique des Points de Vue de Pierre-Yves Raccah. En jetant un coup d’œil au Carnet Hypothèses en Sémantique argumentative, nourri par les travaux des chercheurs travaillant à l’intérieur de ce champ dans une dizaine de pays, on se rend compte de la vitalité actuelle de ce paradigme.
En parallèle, Ducrot met en place son autre théorie phare : la Théorie de la polyphonie, qui répond à des questions, par certains côtés, complémentaires à celles de la sémantique argumentative. S’inspirant principalement d’une lecture critique de la théorie de Bally (lecture exposée in extenso au dernier chapitre de son ouvrage Logique, structure, énonciation de 1989), cette théorie constitue l’un des aspects les plus répandus et les plus polémiques du travail de Ducrot. Selon la Théorie de la polyphonie, développée contre un certain psychologisme (cette théorie « n’implique même pas l’hypothèse que l’énoncé est produit par un sujet parlant » écrit Ducrot), la langue encode un décentrement subjectif : loin d’exprimer nos pensées, les énoncés mettent en scène des dialogues – tout ce que l’on peut faire, à la limite, c’est de s’identifier à certains de leurs personnages. Ducrot a produit plusieurs versions de cette théorie : à celle présentée dans son introduction à l’ouvrage collectif Les mots du discours en 1980, ont succédé deux versions présentées respectivement dans les chapitres 7 et 8 de Le dire et le dit en 1984, suivies de quelques remaniements dans les années 90, jusqu’aux propositions ultérieures de relier, avec M. Carel, dans une approche englobante et cohérente, polyphonie et argumentation linguistiques – est alors apparue la Théorie argumentative de la polyphonie.
On a du mal à évaluer si c’est l’argumentation dans la langue ou la polyphonie linguistique qui a fait naître plus de commentaires, de critiques et de développements (on ne peut laisser de rappeler que depuis environ deux décennies la Théorie Scandinave de la polyphonie linguistique de K. Flottum, H. Nølke et C. Norén, s’attache à fournir une version plus outillée de la polyphonie de Ducrot ; qu’A. Rabatel, sur les bases de la polyphonie ducrotienne, développe sa prolifique perspective des « points de vue » ; que M. M. García Negroni et son équipe construisent leur « Enfoque dialógico de la argumentación y la polifonía » en prenant largement appui sur les théories de la polyphonie et des blocs sémantiques).
Point d’ancrage de ses apports théoriques, les descriptions que Ducrot a proposées de nombreux phénomènes linguistiques ont marqué la linguistique tout autant que ses concepts (pensons à ses descriptions de l’indéfini, de l’imparfait, de mais, de la paire peu / un peu, de même, de la négation syntaxique, de l’interrogation, de l’ordre, de l’interjection…). Il est indéniable qu’elles font partie de notre mémoire collective de sémanticiens, de pragmaticiens, mais aussi d’analystes du discours.
Platonicien, Ducrot disait que malgré la difficulté que nous éprouvons, en tant que linguistes, à sortir de la caverne, nous avons, a minima, le devoir d’éveiller le doute, de faire comprendre l’impossibilité d’accéder à la vérité à travers le langage, et, idéalement, de démonter les illusions dans lesquelles le langage participe à nous maintenir. Dans les temps troubles que nous vivons, sa présence nous manquera pour avancer dans cette tâche.
Alfredo M. Lescano
9ème Congrès Mondial de Linguistique Française
8 mai 2024 - ActualitésLieu du congrès :
Université de Lausanne, Suisse
1er-5 juillet 2024
Contact : cmlf2024@sciencesconf.org
Programme du CMLF 2024 Lausanne
Avis de parution "De l’héritage des savoirs à leur transmission en sciences du langage"
30 mars 2024 - Actualités de l’associationC’est avec plaisir que nous vous faisons part de la publication des actes du dernier colloque de l’Association des sciences du langage (ASL) : Charaudeau P., Monneret P., 2024, De l’héritage des savoirs à leur transmission en sciences du langage, Limoges, Lambert Lucas, 176 p.
http://www.lambert-lucas.com/livre/de-lheritage-des-savoirs-a-leur-transmission-en-sciences-du-langage/
Résumé.
En matière de savoirs et de connaissances scientifiques, le passé n’est jamais obsolète. L’histoire des sciences du langage en témoigne, et l’on sait bien que certains des questionnements de la recherche actuelle trouvent des réponses dans ce passé. Cet ouvrage rassemble les textes issus du colloque « De l’héritage des savoirs à leur transmission en sciences du langage » organisé par l’Association des Sciences du Langage le 27 novembre 2021 à l’Université Sorbonne Nouvelle. Il examine la façon dont les écrits et courants théoriques nés dans les années 1960-1990 sont repris et réinterrogés aujourd’hui.
Avec des textes de Catherine Fuchs, François Rastier, Dominique Maingueneau,
Jean-Michel Adam, Françoise Gadet, Henriette Walter, Malika Temmar, Mathieu Avanzi, Valérie Bonnet et Antoine Gautier.
Vous pouvez également retrouver les vidéos en ligne sur le site de la Sorbonne Nouvelle :
http://www.univ-paris3.fr/de-l-heritage-des-savoirs-a-leur-transmission-en-sciences-du-langage-colloque-bisannuel-de-l-asl-2021—718231.kjsp?RH=ACCUEIL